Pendant une semaine, le festival Sens Interdits, organisé par Les Célestins, ne nous a pas seulement fait voyager. Il nous a permis de devenir nous-mêmes des étrangers, humbles devant des expériences d’ailleurs. Expériences au sens de choses vécues et racontées, souvent bien éloignées des drames bourgeois ou du répertoire auxquels nous sommes encore habitués. Mais aussi expériences formelles, manières différentes d’habiter le plateau, d’incarner ou de s’adresser au public. Il a parfois fallu oublier en soi le spectateur français – ou disons européen – coincé dans son regard par l’histoire et l’actualité du théâtre d’ici. L’étonnement joyeux de la rencontre a souvent vaincu le cynisme (version dégradée, fatiguée de l’esprit critique) et une excitation toute juvénile nous a gagnée face aux langues étrangères, aux accents, à tant de témoignages inédits. La stupeur nous a aussi plusieurs fois envahie devant des récits cruels et douloureux. Le théâtre est un lieu de la mémoire en action, où elle se constitue en même temps qu’elle se transmet. Au Chili, en Pologne, en Russie, en Tunisie, aux Pays-Bas ou au Mali, des équipes artistiques transforment des réalités sociales, politiques et intimes en récits partageables. L’avantage au théâtre, c’est que plus on le partage, plus il est entier.
www.sensinterdits.org
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